jean-paul

 

 

 

 

 

 

Une formation de kinésithérapeute et un goût prononcé pour la philosophie ont marqué mes premiers pas de professionnel de la santé. Et puis il y a eu, entre autres, l’apprentissage de la méthode de Françoise Mézières, mais aussi de l’acupuncture, de l’ostéopathie, de l’hypnose et de la pratique du Rêve Éveillé Dirigé de Robert Desoille. Pendant cette période je découvre la méditation Zen, qui dès lors fera partie du paysage de mes pratiques quotidiennes.

Des étapes dans l’élaboration de la méthodologie 

C’est au début des années quatre vingt que ma recherche a commencé. J’avais un peu moins de trente ans et j’exerçais mon métier de Kinésithérapeute près de Cahors, une ville du Sud-Ouest de la France.

– Souffrance par la distance qui me séparait du vécu du patient

L’expérience de la relation de proximité avec mes patients me laissait perplexe; j’étais à la fois proche, même physiquement, et pourtant je me sentais très éloigné de leur vécu, de ce qui les animaient. Je souffrais de cette distance. Ils me parlaient de leurs douleurs, de leurs souffrances, et dans mon écoute, je transposais cela dans les catégories que j’avais rencontrées lors de mon parcours de formation, répondant à ce que pensais être leur demande par les seuls outils dont je disposais. Sans le savoir, je restais moi aussi à distance. D’une certaine façon, dans le contact physique, je touchais sans toucher, et surtout je n’étais pas touché tant j’étais « tendu » vers l’autre.

– Corps objectif  et corps sensible

Assez rapidement, pendant les traitements, j’ai commencé à demander à mes patients ce qu’ils ressentaient d’instant en instant. Puis j’ai noté des distorsions flagrantes entre, par exemple, ce que je voyais de la position physique du tronc, des membres de la tête, et ce qu’ils me décrivaient. Passionné de philosophie, je me suis précipité vers les ouvrages de phénoménologie, Husserl et plus particulièrement Merleau-Ponty. Dans son ouvrage « Phénoménologie de la Perception » il distingue clairement le « corps objectif » du « corps phénoménal, corps sensible ». Sa phrase-guide, véritable clé pour ce moment de ma recherche a été:

« … ce n’est jamais notre corps objectif que nous mouvons, mais notre corps phénoménal… »

A ce stade là, ma curiosité était grande devant ce champ immense de recherche qui s’ouvrait à moi. Je pouvais maintenant adhérer à ce que le patient décrivait à partir de son vécu immédiat, le partager ; lui, se sentait entendu du début à la fin du traitement et je me sentais plus proche, stable, apaisé et en état de l’accompagner. J’ai alors commencé à affiner les modalité lui permettant d’être chaque fois plus en contact immédiat avec son ressenti. A ce stade le traitement devenait plus facile, comme si le fait, pour le patient, d’avoir un tel accès aux phénomènes sensibles, permettait des résolutions plus rapides des douleurs, limitations ou blocages ressentis. Pour ma part, je me sentais plus à mon aise dans la relation de soin et moins tendu vers l’autre.

– Nouage expérientiel et posture d’accompagnement

En lien avec son ressenti, le patient devenait le témoin, non seulement de son « paysage intérieur » du moment, impressions d’ensemble, phénomènes sensibles, sentiments éprouvés et mais aussi des processus dynamiques réactivées par ce positionnement, par cet état d’être. Je notais aussi qu’il était plus paisible, comme posé dans une attitude d’observateur en éveil Sa capacité d’attention devenait grande et en écho, je pouvais noter mon attitude, posée elle aussi, dans une immobilité attentive et vigilante.

Les mois qui suivirent, j’ai commencé à considérer minutieusement mon attitude pendant les traitements. Je notais à quel point elle était en résonance avec les vécus du patient. Parfois, j’étais emmené à renforcer mon attention, comme pour retirer du flou, de l’instabilité qui s’installait, et pour rester bien enraciné devant les situations que rencontrait le patient. De tout cela est né une modalité que j’ai nommé le « nouage relationnel puis nouage expérientiel », qui est à la base de la « posture d’accompagnement ». Cette forme de nouage relationnel activant entre autre ce qui est connu comme résonance physique affective de l’empathie, est devenue par la suite un des fondamentaux de la méthode.

Cette posture n’est pas un mode rigide d’être à côté de l’autre, mais une attitude attentive et vigilante permettant de maintenir un lien constant et lucide, tant avec la personne accompagnée qu’avec le contexte, l’environnement concret de ce moment.

Je devenais consciemment un témoin attentif, en écho du vécu du patient, du mien et des résonances entre ces deux expériences. Le résultat de ce nouage relationnel, constamment entretenu pendant le temps du traitement, activait une plus grande fluidité dans la dynamique de les « paysages ressentis » du patient. Dans mon rôle de tuteur, je devenais moi aussi un observateur attentif, pleinement en lien, par mon ressenti, avec chaque variation de ton dans la toile de fond de la rencontre. La communication verbale devenait fluide, comme si les mots et les descriptions venaient confirmer les impressions ressenties.

C’est au cours des années nonante que j’ai élaboré une méthodologie pratique et aussi théorique facilitant l’enseignement des modalités pratiques de cette « posture d’accompagnement ».

– Petite gymnastique intégrée et agir corporel impliqué

Vers la fin des années nonante, fort de la somme de données fournies par la pratique, la mienne et celle des quelques centaines de praticiens formés à cette méthodologie, commence l’élaboration des outils permettant d’impliquer plus complètement la dynamique corporelle physique, psychique et sociale du patient. Ces outils pratiques, incorporent la pratique du corps sensible et le nouage expérientiel, dans une forme de gymnastique, immobile et intense. L’intuition première, pour l’élaboration de ces pratiques, m’est apparue en observant le comportement des femmes parturientes pendant la phase du travail; état d’être, mode respiratoire, rythmique, intensité, implication corporelle. Un moment où la physiologie, tant physique que psychique, est très sollicitée dans un agir corporel, physique et psychique total.

Une autre forme d’intégration de ces outils est l’accompagnement d’un groupe constitué comme par exemple, le team d’un service hospitalier ou encore, à l’école, l’accompagnement d’une classe entière d’élèves.

Par cet « agir corporel impliqué », la personne accompagnée se sent réellement l’agent de ce qui se passe l’auteur du geste, de l’acte réalisé « sens of agency ». Cela instaure un état d’être de confiance psycho-physique extrêmement précieux, qui potentialise le déroulement du traitement.

Les différents sens de soi, depuis l’étage pré-verbal, et les domaines du lien interpersonnel correspondant, élaborées par l’intégration des expériences de la petite enfance, sont sollicités tour à tour et réactivée par cette pratique. Le confort et la confiance de base observés chez la personne accompagnée en sont l’écho.

Depuis trois décennies, je n’ai cessé de développer les formes pratiques de cette méthodologie et de les transmettre en collaboration avec des institutions et pour des praticiens, en europe et en Amérique du Sud.